Image Article - 32émotions du succès

Je voudrais te raconter comment une succession de mini-succès peuvent un jour comme aujourd’hui me faire sentir confiante sur ma capacité à construire une vie qui peut répondre à mes besoins et à ceux d’une période historique de grande transformation d’un monde.

Je ne sais pas si je vais réussir à te raconter comme je l’aimerais au fond de moi cette histoire. Souvent quand je commence à faire quelque chose qui me semble important, j’ai ce petit flottement d’incertitude qui vient me perturber, mais aussi me rappeler une chose fondamentale pour moi : « Qu’est-ce que je veux faire là ? Quelle est mon intention ? ». Pi’ j’aime bien cette émotion, car elle tient gentiment la main à une grande partenaire : mon Idéaliste. Parfois je les entends se dire « on ne sait jamais vraiment ce que ça va donner ce projet, on nous dit de lâcher prise, mais quand même ce serait bien ça serve au bien-être de tous ! » Et à la transformation immédiate du monde, tant que vous y êtes !

Bref. Je ne sais jamais vraiment si je vais être satisfaite à la fin, même si je vais aller au bout du projet ; mais souvent ce qu’il se passe, c’est que j’ai une vive curiosité de voir ce qu’il va se passer en chemin, des idées qui vont surgir, venir nous faire une surprise, de ce que cette histoire va me faire vivre. Cette curiosité, elle mêle de l’excitation sautillante (celle qui te fait pas tenir en place sur ton siège, qui te fait accélérer d’un coup tu ne sais pas trop comment) et une sorte de sérénité, ou plénitude je sais pas, qui me conforte dans le fait que je suis en train de faire quelque chose de juste pour moi.

Bon, je vais commencer à raconter cette histoire un jour, ou merde ! Voilà, toujours ce scénario du début, où je tourne autour de la ligne de départ en train de me faire le scénario imaginaire du parcours, au lieu de y aller ! Putain ça m’agace à chaque fois ! A quoi ça sert franchement ? Penser les choses à l’avance, au lieu de les vivre. Tu peux être sûre que je me donne toujours un mal fou à idéaliser, théoriser, philosopher le projet, et à ne pas commencer à le faire. Ah bah là par contre les succès, ils vont rester dans leur lit et t’envoyer un petit SMS « Non, pas envie aujourd’hui… ». Grr, pas évident de vivre dans un peau de rêveuse ! Je me demande quand même en quoi cette agacement aurait un rôle à me faire lever mon cul de ma chaise… Aller vas-y maintenant !

Donc ! C’est l’histoire (tadaaam) de ma life qui tente de construire une vie (pro) alternative. Oui, parce que, faut arrêter un peu de déconner avec la production basée sur l’extraction et la consommation à outrance, tu comprends ? Cette histoire, elle commence à peu près quand je finis mes études. Je me vois encore prendre le diplôme et me dire « Bon, et maintenant, je fais QUOI ?! ». Bien sûr, je m’étais posé tout un tas de questions avant… Sauf que là, il me fallait un semblant de début de réponse. Toute une autre histoire. Et mon semblant de début de réponse à ce moment, c’était… le vide ! Bon j’exagère un peu, mais quand même j’étais dans un tel état de non sens avec le titre écrit sur mon fameux diplôme que je ne savais pas quoi en faire.

J’ai quand même fait quelques efforts, suivi les quelques conseils donnés… enfin plutôt SUIVI COMME UN MOUTON la marche avec la recherche d’emploi. Et là, c’était la panique totale. Faut dire que dès que je tentais une projection dans « le monde de l’entreprise » (c’est un monde parallèle psychédélique, ce truc, ou quoi ? », je ressortais, oui, paniquée. « Mais ça va pas la tête, je vais devenir folle en moins de trois mois avec ce truc là ! ». Et tu veux rire, je regardais seulement les postes qui avaient un lien avec l’environnement, le « développement durable ». (GROS MOT !)

Complètement indignée (à l’avance..) par les pratiques managériales, les techniques de greenwashing à la con et le bateau guidé par le fric (ceci est caricatural, I know, ce n’est pas le cas partout).

Bref, ça c’est moi quand je sors des études. Ça promettait d’être folklo d’avance ma vie professionnelle !

Sauf que voilà, pour moi, le succès de répondre à mes besoins et à ceux du monde en transformation profonde, il a bien commencé par là : par écouter mon indignation et ma résistance à prendre un chemin de mouton malade.

Alors j’ai passé cinq ou six mois supers désagréables à culpabiliser et à aller de temps en temps regarder les offres d’emploi. A chaque fois, ça ratait pas, j’étais super mal à en chialer (et après j’ai compris que je pouvais aller voir une psy). Je voyais pas trop quoi faire, j’étais pleine de doutes, qui te remuent bien les intérieurs. Et puis, un pti’ matin (là c’est pour le côté romancier…), j’ai senti le courage de prendre la décision de ne PAS CHERCHER d’emploi, mais ma voie alternative.

Pfiouuu ! C’te victoire sur moi et sur le monde. #nepasfairecommetoutlemonde

J’avais besoin de créer. Ça c’était hyper clair en moi. Imaginer, inventer, proposer de nouvelles choses, cela me mettait (et me mets toujours) dans un état de sens et de joie profonde, vraiment trop cool. Et puis, dans une période où il faudrait plutôt s’attarder à réinventer nos mondes, plutôt qu’à nourrir notre suicide collectif, cela avait plutôt du sens pour moi.

Mais je ne savais pas quoi exactement et comment. Évidemment. Ce serait bien trop simple Amélie, tu crois que tout allait se résoudre comme ça sur une décision courageuse, certes, mais pas plus constructive que ça ? Voilà, je me retrouvais devant la situation où j’avais décidé d’arrêter un chantier pour en commencer un autre, sans plans, sans stratégie, sans rien, enfin si moi ! Et c’était pas très confortable.

Là encore, l’écoute m’a sauvée. Je ne prenais pas les conseils, et puis j’en avais peu (heureusement). La clé je crois à ce moment là, c’était d’être connectée à ce qui faisait sens profondément en moi. Je me suis laissée guidée par ce qui faisait envie, et ce qui me passionnait. J’ai lu plein de livres et de sites internet. J’ai participé à un concours pour l’environnement. J’ai écrit. J’ai un peu voyagé pour revoir des proches que je n’avais pas vu depuis un moment. Je leur ai partagé mes difficultés du moment, j’ai été accueillie et soutenue. Parce que je parlais de sens, alors on me soutenait. Un sentiment de grande gratitude me traverse, là maintenant.

Je me suis beaucoup nourrie, j’ai fait de la place à mon imaginaire en stoppant les réflexions guidées et aliénantes de la recherche d’emploi, et cela a réussi.

Des idées de projets fleurissaient dans ma tête. Je découvrais un millier d’initiatives, j’allais dans les associations et je découvrais un nouveau monde. Quelle excitation encore et quel émerveillement de découvrir plein de fourmilières qui se formaient et s’activaient pour changer le monde. Je voulais profondément changer le monde. #déterminée

Avec tous ces projets dans ma tête, et la volonté de trouver un projet qui transforme le monde, je suis allée voir avec ma grande naïveté des experts et accompagnants d’entrepreneurs sociaux. Et là, j’ai pris des claques. « C’est bien, mademoiselle, mais vous gagnez de l’argent comment avec ça ? ». »Oui, très bien, c’est intéressant, MAIS avez-vous réfléchi au modèle économique, avez-vous fait une étude de marché ? ».

OK, c’est les deux réflexions majeures qui m’ont déstabilisées à ce moment là, et qui me restent un peu en travers de la gorge, parce que je ne les aime toujours pas. C’est comme ça, ça parle de moi et de mes difficultés. Ce qui me touche encore aujourd’hui, c’est à quel point elles ont pu me faire peur et me rendre triste. J’avais cet élan de jeunesse à transformer le monde, je venais avec mes faiblesses de ne pas savoir quoi proposer d’autre au monde, et on me montrait implacablement que je n’allais pas aller bien loin si je ne savais pas répondre moi-même à ces réponses. Putain, la peur que cela m’a pu générer. « Et je fais quoi moi si je ne peux même pas faire ce qui m’anime profondément ? ». Il y avait aussi de la colère là. C’était trop injuste qu’on anéantisse mes efforts avec deux questions à la con. Et j’étais triste aussi car je revenais facilement à mon état zéro de vide, comme si tout cela ne m’avait amené à rien.

J’ai persévéré. Faut dire aussi honnêtement qu’ils ne m’avaient pas posé uniquement ces questions là, et qu’il y en avait d’autres qui m’aidaient à approfondir. J’ai pu me rendre compte assez vite que c’était assez tordu mes idées, voire irréalisables sur le long terme. Avec un peu de recul, j’ai ressenti de la reconnaissance pour ces personnes, qui ne connaissant pas forcément ma sensibilité, m’avaient quand même permis de changer de regard sur mes réflexions.

Alors j’ai participé à des événements sur l’entrepreneuriat social pour améliorer et tester mes idées. C’était top ! Des endroits particuliers (et j’ai eu de la chance !) où l’on t’accorde une confiance et un rôle d’innovateur. Il y a un grand sentiment de légitimité et de vaste champ de possibilités dans ces endroits là. Là encore, je suis très reconnaissante de ces expériences et de ces personnes là.

C’est dans un endroit comme cela que l’on m’a dit « Si tu en as envie, alors teste, fais-le ! ». C’est tout con ein, mais qu’est-ce que ça peut faire du bien !

Alors j’ai testé ! Bon pas si immédiatement que ça, mais quand même !

Mes idées avaient évolué et on m’avait aidé à faire atterrir mes idéaux dans un format d’atelier concret que je pouvais proposer durant un événement. Cela a été le départ de mon activité. J’avais eu ce courage là de tester des idées toutes simples sur deux heures. Avec le recul, et une connaissance de moi plutôt rêveuse, je peux te dire que je suis super fière de moi sur cet apprentissage là !

Ce qui m’a vachement aidé par la suite, cela a été de continuer à tester de nouvelles activités. J’en avais besoin pour plusieurs raisons : me connaître (dans quoi je m’éclate vraiment), me faire plaisir et déployer ma créativité, et changer de sujets.

Les doutes ont toujours été avec moi, aujourd’hui encore, mais je les accepte comme bons compagnons de route qui, tout en étant pas trop chiants à questionner toujours la carte et la direction, me permettent d’évaluer régulièrement si je suis sur le bon chemin. Ils me permettent d’être rassurée, in fine.

Ce qui est vraiment fort pour moi, c’est de vivre des moments chaleureux et d’une bienveillance incroyable dans les ateliers. Je suis comblée quand les personnes dévoilent ce qui fait sens pour elles, et comment les échanges les nourrissent.

Si je suis confiante donc aujourd’hui, c’est pour toutes ces histoires qui m’ont toujours encouragée à poursuivre joyeusement ma voie vers ce qui comblerait mes besoins et en partie ceux de la transition du monde !


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Toutes ces émotions… Elles sont les marqueurs de ton toi vivant. Elles sont toutes le succès d’être toi !

 


Cet article a été écrit dans le cadre de l’anti-école d’entrepreneuriat des Aventurières.
Merci à Laure !!

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